Bonjour Christophe, pour commencer, pouvez-vous nous raconter comment vous êtes arrivé à la tête de Fécamp Tourisme et en quoi votre parcours personnel vous a donné le goût de valoriser la Normandie à travers l’expérience de terrain, au plus près des visiteurs comme des habitants ?
Après avoir travaillé dans le tourisme en Anjou, dans l'Oise et à Montréal, tant auprès d'organisme publics que d'agences de voyages et de tour-opérateurs, je suis arrivé à Fécamp en 2003, en tant que responsable de la communication de la Ville. Cette destination m'intéressait, par son potentiel touristique à développer et sa situation géographique (proximité d'Étretat, accès facile depuis Paris en train, Palais Bénédictine, projet de nouveau musée, météo tempérée, falaises spectaculaires, histoire riche). Aussi, en 2008, lorsque le Maire m'a proposé de prendre la direction de l'Office de tourisme, j'ai tout de suite accepté ! Ma connaissance de la ville et mon regard extérieur de nouvel arrivant m'aident chaque jour dans mes missions.
Fécamp est à la fois ville d’Art et d’Histoire, grand port maritime et porte d’entrée vers la Côte d’Albâtre. Concrètement, comment transformez-vous ces atouts patrimoniaux et paysagers (Abbatiale, Palais Bénédictine, Cap Fagnet, GR21, etc.) en expériences de terrain mémorables pour les visiteurs, au‑delà d’une simple visite « carte postale » ?
À l'inverse d'une station du littoral qui ne serait visitée que pour faire le "selfie" vu et revu sur les réseaux sociaux, Fécamp dispose de nombreuses portes d'entrée pour la découvrir. Cette Ville d'Art et d'Histoire met en scène ses riches archives dans un programme de visites guidées de février à novembre. Des panneaux du patrimoine jalonnent les rues et les quais. Les visiteurs découvrent un palais extraordinaire par son architecture, son histoire, ses collections, ses productions, ses expériences de visites. Ils sont aussi stupéfaits des dimensions des falaises, et de l'Abbatiale de la Sainte-Trinité. De plus en plus de randonneurs, sur le GR21, et de cyclotouristes sur la Vélomaritime ou la Véloroute du Lin, font escale à Fécamp. La baie de Fécamp propose un panel varié de sorties en mer sur des vieux gréements, des bateaux rapides ou des vedettes à passagers pour aller admirer les falaises et en apprendre sur le parc éolien en mer. Ces sorties comptabilisent plus de 10 000 passagers chaque année.
Vous couvrez un territoire large de 33 communes avec des identités très différentes. Quels dispositifs ou formats d’animation (balades guidées, rencontres avec des habitants, expériences immersives, tourisme de savoir‑faire…) avez-vous mis en place pour faire vivre la Normandie « par le terrain » plutôt que par des discours théoriques ?
Nous animons les 19 boucles de petite randonnées avec un programme de balades accompagnées, gratuites, d'avril à décembre. Depuis 2020, nous avons mis en place avec nos partenaires les Rendez-vous Plein-air : des expériences en petits groupes, à la demi-journée, mêlant une activité culturelle ou physique et une découverte d'une production locale. Depuis plus de 10 ans, nous mettons en place un labyrinthe dans un champ de maïs, avec plusieurs circuits à questions ou énigmes, permettant aux familles de passer un moment ludique et pédagogique. Pour les familles, nous avons aussi édité un cahier de vacances et un jeu des 7 familles qui permet de découvrir les sites et activités du territoire.
Le Palais Bénédictine est à la croisée du patrimoine, de la gastronomie et de l’industrie. Comment travaillez-vous, très concrètement, avec ce site emblématique pour proposer des expériences qui racontent une histoire (du moine Vincelli à la distillerie actuelle) tout en restant attractives pour des publics variés, notamment les plus jeunes ?
Le Palais Bénédictine, site emblématique de Fécamp, propose des expériences de visites participatives : atelier connaisseur, atelier cocktail, escape game. Dans sa boutique, il propose le visuel du Palais en coloriage par numéros. L'Office a fait réaliser une Monnaie de Paris à l'effigie du Palais, qui est vendue au Palais et à l'Office. Le service réceptif propose dans son offre aux groupes et aux entreprises une découverte du Palais, que ce soit en visites découverte, en événements ou en séminaires.
Vous revendiquez une démarche de tourisme durable. Sur le terrain, comment conciliez-vous la fréquentation grandissante de lieux sensibles comme les falaises, le GR21 ou le Cap Fagnet avec la préservation de l’environnement et la qualité de vie des habitants ? Avez-vous des exemples d’initiatives concrètes qui ont changé vos pratiques ?
Nous programmons des activités d'avril à octobre, de manière à étaler les flux. De même, les hébergements qui autrefois n'étaient ouverts qu'en été, ou de Pâques à la Toussaint, ouvrent maintenant à toutes les vacances scolaires et les weekends. Même les sites principaux comme le Musée des Pêcheries ou le Palais Bénédictine restent ouverts toute l'année. Ils ont tous les deux repris l'initiative régionale d'accorder un tarif réduit aux visiteurs se déplaçant en vélo ou en transports en commun. La falaise située en dessous du Cap Fagnet ayant subi un important éboulement en 2023, la route principale d'accès est depuis coupée, et les visiteurs n'ont d'autre choix que d'y monter à pied, sauf à faire un détour important. Avec le Syndicat des communes du littoral et le Syndicat mixte chargé de coordonner les actions permettant d'obtenir le label Grand Site de France, des actions de sensibilisation à l'érosion, aux dangers en sommet et au pied des falaises, renforcent la prévention que nous pouvons distiller à nos visiteur. Notre destination connait une fréquentation accrue ces dernières années, de visiteurs venus du Sud de la France, de grandes villes proches, d'Italiens et d'Espagnols, cherchant la fraîcheur de notre littoral et fuir ainsi les canicules et le réchauffement climatique.
Si l’on se projette à 5 ou 10 ans, à quoi pourrait ressembler une journée « idéale » de découverte de la Normandie à Fécamp et sur le territoire Fécamp Caux Littoral, du point de vue de l’expérience terrain : quels nouveaux parcours, outils, mobilités, collaborations ou services imaginez-vous mettre en place ?
À moyen terme, l'offre d'hébergement s'étoffera sur Fécamp et sur le territoire, tant en hôtellerie orientée durable, qu'en hébergements insolites, utilisant des matériaux naturels, dans des sites préservés. L'utilisation de moteurs hybrides ou électriques devrait être appliquée aux bateaux à passagers. Des moyens légers de transport de personnes seront mis en place pour desservir les derniers kilomètres depuis la gare de Fécamp, ainsi que des navettes propres le long de la côte, notamment pour desservir Étretat. Des services utiles aux cyclotouristes seront développés. Les restaurants utiliseront plus les produits locaux dans leurs menus. Un projet de Centre d'interprétation de la pêche, avec une partie atelier cuisine permettra à toutes les générations de mieux connaitre les espèces pêchées localement, comment les préparer et les cuisiner.
Pour conclure, quel conseil donneriez-vous à un visiteur – ou même à un habitant de Normandie – qui pense déjà « connaître » Fécamp et la Côte d’Albâtre, pour l’inciter à redécouvrir le territoire autrement, par le terrain et les rencontres humaines ?
Je lui conseillerais de réserver une sortie en mer pour discuter avec l'équipage, un Rendez-vous plein air pour peindre ou photographier les lumières changeantes de la Côte d'Albâtre et goûter les produits locaux, une expérience Bénédictine pour repartir avec des idées de cocktails !
Pour en savoir plus : https://fecamptourisme.com