Rencontres avec artisans, pêcheurs et cidriers

Interview de Fabienne Daget de Les découvertes de Fab : Voyage et culture : faire rayonner la Normandie autrement

Fabienne, vous avez lancé « Les découvertes de Fab » après plus de 20 ans dans la finance : qu’est-ce qui vous a donné envie de faire rayonner des territoires comme la Normandie à travers votre blog, et quel lien...

13 juillet 2026 8 min de lecture
Interview de Fabienne Daget de Les découvertes de Fab : Voyage et culture : faire rayonner la Normandie autrement

Fabienne, vous avez lancé « Les découvertes de Fab » après plus de 20 ans dans la finance : qu’est-ce qui vous a donné envie de faire rayonner des territoires comme la Normandie à travers votre blog, et quel lien personnel entretenez-vous avec cette région en particulier ?

J’ai toujours eu cette envie d’aller dénicher des pépites dans chaque région, de chercher l’émotion dans chacune de mes visites, et d’aller à la rencontre de ceux qui font vivre un territoire. C’est ainsi qu’est né mon blog lesdecouvertesdefab.com. Avec l’idée de voyager autrement, simplement, avec authenticité, et l’envie de le raconter pour inspirer d’autres personnes. Mon but est aussi de prouver qu’il est possible de dénicher des idées de sorties un peu plus insolites que celles qu'on voit habituellement, et même parfois pas loin de chez soi.

La Normandie tient en effet une place importante sur le blog, mais aussi dans ma vie. Car même si j'habite la Seine-et-Marne, j’ai des attaches familiales en Normandie et j’y viens régulièrement. Il est donc naturel pour moi de mettre cette région de cœur en avant sur mon blog. Et c’est finalement une réponse forte à la demande de mes lecteurs qui sont en recherche d’idées week-ends près de Paris, la Normandie étant souvent la région vers laquelle on se tourne en premier grâce à sa proximité et sa diversité.

Sur votre site, la Normandie apparaît à travers des road-trips dans le Cotentin, le Mont-Saint-Michel, Étretat, Le Havre… Comment travaillez-vous vos itinéraires pour aller au-delà des clichés (plages du Débarquement, falaises, camembert) et proposer une Normandie plus intime, plus culturelle ?

Avant chaque séjour, je travaille soigneusement mes itinéraires en incluant à la fois quelques incontournables, mais aussi des lieux coup de cœur aussi bien en termes de visites, que de bonnes adresses gastronomiques ou d’hébergements. J’aime surtout les endroits qui dégagent de l’émotion, parce que pour moi l’essence même du tourisme, c’est de vivre quelque chose de fort, dont on se souvient. On cherche tous à vivre de vraies expériences qui nous déconnectent et cela passe par l’émotion : un hébergement avec vue mer, des assiettes pleines de saveurs dans un restaurant, un lieu dans lequel on fait waouh en entrant…
C’est ce genre d’expériences que je recherche, celles qui marquent les esprits. Par exemple, à Honfleur, j’ai aimé les Maisons Satie pour leur côté décalé, à Fécamp le Palais Bénédictine pour sa beauté, et au Mont-Saint-Michel, faire la traversée de la Baie pieds nus était une expérience exceptionnelle.

Vous défendez un tourisme de proximité depuis la Seine-et-Marne, avec la Normandie comme destination « évidente » pour un week-end depuis Paris : concrètement, comment concevez-vous des escapades qui soient à la fois dépaysantes, accessibles en temps/transport et respectueuses du territoire ?

Le Normandie est une région dépaysante par nature. On y retrouve tout ce qu’on aime pour passer un bon week-end : la mer, la campagne, des villes pour le côté patrimoine et culture, des villages avec beaucoup de charme, de l’artisanat, des produits du terroir, et de nombreux hébergements qui à eux seuls peuvent parfois donner l’envie de venir. Son autre atout est son accessibilité facile et rapide depuis l’Ile-de-France. Par exemple, Granville, Le Havre, Rouen sont accessibles rapidement en train depuis Paris, et une fois sur place, on peut tout visiter à pied ou à vélo. Depuis Granville, il est même possible d’aller passer une journée sur les îles Chausey en bateau.

En tant que créatrice de contenu référencée par des offices de tourisme comme En Cotentin, comment conciliez-vous les attentes institutionnelles (visibilité, retombées) avec votre exigence éditoriale de raconter une Normandie authentique, avec ses nuances, ses défauts parfois, et pas seulement ses cartes postales ?

Mon séjour dans le Cotentin n’est pas le fruit d’une collaboration avec l’Office de Tourisme. Il s’agit d’un partage spontané de leur part sur un séjour que j’ai fait à titre personnel. D’ailleurs, la plupart de mes articles sur la Normandie font suite à des week-ends personnels. Et quand collaboration il y a, avec un Office de Tourisme ou un hébergement, je veille à ce que ma ligne éditoriale soit respectée, et que je puisse travailler avec un minimum de liberté et d’arbitrage. Il est important qu’il n’y ait pas de différence entre un article spontané et un article collaboratif. Pour cela, chaque demande de collaboration est minutieusement étudiée et chaque lieu est choisi en concertation avec le demandeur. Les collaborations qui ne correspondent pas à ma ligne éditoriale, à mon audience, ou à mon éthique sont systématiquement refusées.

Votre blog mêle voyage et culture : pouvez-vous nous donner un ou deux exemples précis en Normandie où l’expérience culturelle (musée, patrimoine industriel, architecture, littérature, street art, etc.) a complètement changé votre regard sur le lieu visité, et celui de vos lecteurs ?

J’ai été très surprise de la richesse culturelle de Honfleur. On met toujours en avant le Vieux Bassin, mais très peu les musées. J’ai eu l’occasion d’y passer un week-end lors de la nuit des musées, et cela m’a permis de découvrir qu’il y a à Honfleur des musées vraiment très intéressants : le Musée d’Ethnographie, le Musée Eugène Boudin, le Musée de la Marine, Les Maisons Satie et Le Naturospace.
Autre surprise : Le Havre qui m’apparaissait comme une ville portuaire un peu terne m’a finalement beaucoup enchantée. Son architecture particulière, son histoire, son patrimoine, son ambiance, et ses bons restaurants ont changé ma perception de la ville. J’ai notamment beaucoup aimé la Maison de l’Armateur, une demeure qui nous transporte à l’époque florissante des armateurs havrais, et l’appartement témoin Perret, pour le modernisme des années 50.

Avec l’essor de TikTok, d’Instagram et d’une certaine forme de tourisme « à la mode », comment voyez-vous évoluer les façons de raconter et de découvrir la Normandie dans les prochaines années : vers plus de slow tourisme, de micro-territoires, de thématiques culturelles de niche… ou au contraire une standardisation des parcours ?

Je pense justement que c’est en se démarquant des clichés qu’il faudra raconter la Normandie et les territoires en général. L’époque florissante des parcours standards est révolue. Les visiteurs cherchent à échapper aux lieux trop à la mode, vus mille fois sur les réseaux sociaux. On cherche dorénavant à faire des visites plus personnelles, plus adaptées, plus insolites. Et les voyageurs éprouvent davantage le besoin de vivre un territoire par le biais d'expériences plutôt que de simplement le visiter. On constate également que le côté humain et authentique revient en force. Pour ma part, j’aime aller à la rencontre des artisans, faire du tourisme industriel pour découvrir des métiers anciens, ou encore choisir un hébergement pour ses propriétaires ou pour son histoire. Et cela semble faire écho avec ce que recherchent mes lecteurs.

Pour finir, quel serait votre conseil à un lecteur francilien qui connaît « un peu » la Normandie mais pense avoir déjà tout vu : par où commencer pour la redécouvrir autrement, et quel état d’esprit adopter pour vraiment se laisser surprendre ?

Si on considère qu’avoir visité le Mont-Saint-Michel, les falaises d’Etretat, la maison de Monet, les Plages du débarquement et Deauville, c’est avoir tout vu de la Normandie, on se trompe ! Pour découvrir vraiment la Normandie dans toute son authenticité, il faut la vivre pleinement. Pour cela, je conseille de partir en week-end dans un lieu bien précis, pas forcément le plus connu, et de rayonner autour. Il faut oser s’aventurer hors des sentiers battus et pousser les portes des lieux dont on parle peu. C’est souvent comme cela que je fais mes plus belles découvertes. Parce que l’effet de surprise et l'émotion sont beaucoup plus forts quand vous découvrez un lieu méconnu plutôt qu’un lieu vu et revu, que vous avez déjà l’impression de connaître avant d’arriver. J’aime par exemple flâner dans un village et échanger avec ses habitants, visiter une abbaye qui a beaucoup de charme, m’arrêter dans un salon de thé à la décoration inattendue, visiter l’atelier d’un artisan local et le voir à l’oeuvre, et m’émerveiller tout simplement devant un coucher de soleil sur la mer. Les plus fortes émotions se trouvent souvent dans les choses les plus simples.

Pour en savoir plus : https://lesdecouvertesdefab.com / https://www.instagram.com/lesdecouvertesdefab/