Guillaume, pouvez-vous vous présenter et nous raconter ce qui vous a donné envie, un jour, de faire de la baie du Mont-Saint-Michel votre « terrain de jeu » professionnel et votre lieu de vie au quotidien ?
Depuis enfant, je suis passionné par la nature, le milieu marin, les grands espaces. Et le petit plus, c'est de pouvoir partager mes connaissances avec les visiteurs ainsi que la beauté du site à chaque instant.
Vous proposez des randonnées pieds nus en petits groupes et à l’écart de la foule : concrètement, qu’est-ce que cela change dans la manière de découvrir la baie, et qu’est-ce que vos visiteurs vous disent en sortant de ce type d’expérience immersive ?
Les petits groupes permettent de créer un lien intéressant et respectueux entre les participant tout le long de la sortie. Le fait de n'avoir quasiment aucun groupe à l'horizon rend la traversée encore plus immersive. Il y a nous, et l'immensité. Nous nous sentons tout petit, mais ça fait du bien! Ce serait trop long et prétentieux de retranscrire tout ce qu'on me dit. J'aime quand les personnes ont vraiment décroché de leur quotidien. Mais une des plus gratifiante: "on l'a déjà fait plusieurs fois, mais maintenant, ça y est, on a trouvé notre guide".
Entre la boucle découverte courte, le parcours d’exploration et la grande traversée depuis le Bec d’Andaine, comment construisez-vous vos itinéraires : quels critères guides-vous (sécurité, marées, ambiance, profils des participants…) et comment adaptez-vous votre discours selon les publics ?
Pour être seuls, j'ouvre mes plannings assez tard, ce n'est pas une bonne stratégie commerciale, mais tant pis. Je peux mieux affiner mes horaires. Comme ça je flirte avec la marée descendante où personne n'y est encore. C'est plus technique, mais ça ne me pose pas de soucis. Ça demande des repérages, plus de travail pour avoir une longueur d'avance sur les autres guides. J'ai plusieurs lieux de départs. Pour la petite boucle au départ du Mont, c'est plus dur d'être seuls, mais comme je propose 2h30 au lieu d'1h30/2h. Je peux toujours aller dans des lieux où les autres ne sont pas.
Vous commentez chaque sortie en mêlant vie humaine, animale et végétale, légendes, anecdotes et phénomène des marées : pouvez-vous nous décrire une randonnée type, avec un ou deux exemples d’histoires ou d’observations naturalistes qui marquent particulièrement les esprits ?
Ce serait trop long... Quelques thématiques reviennent beaucoup: création du Mont, résumé simple des réseaux trophiques etc. Le mascaret plait beaucoup, ainsi que les sables mouvants. J’essaie de faire partager des belles observations, comme voir des oiseaux peu peureux qui continuent de manger alors qu'on est à quelques dizaines de mètres.
Vous faites partie des rares guides à accepter les chiens et vous travaillez toute l’année dans un milieu fragile : quels sont, selon vous, les principaux enjeux de préservation de la baie aujourd’hui, et comment sensibilisez-vous concrètement les visiteurs (avec ou sans animaux) à un comportement respectueux ?
Il suffit de montrer l'exemple (ramassage des déchets, chiens en laisse), crème solaire résistante à l'eau. Malheureusement, il n'existe aucun label ou façon de mettre en valeur son mode de vie quotidien et personnel. Ce n'est pas le nombre de personnes qui font des tours du Mont (majorité de la fréquentation) ou des balades en baie qui perturbent. On laisse la baie comme elle était avant nous. La pollution des eaux en amont est pire, la destruction des haies et le ruissellement des eaux se ressent dans les fleuves. Toute la chimie utilisée, sur les polders, dans les bassins versants etc.. . Il y aurait un rapport de 1000 pages à faire.
En tant que guide certifié et référencé par de nombreux organismes touristiques, comment voyez-vous évoluer le tourisme dans la baie du Mont-Saint-Michel dans les prochaines années : vers quel type de pratiques, de publics et de formats d’accompagnement allons-nous, selon vous ?
Je ne connais pas l'avenir... .
Pour terminer, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui rêve de découvrir la baie du Mont-Saint-Michel pour la première fois : à quoi rester attentif, comment bien choisir son guide, et quel état d’esprit adopter pour vraiment « rencontrer » la baie plutôt que simplement la traverser ?
Connaitre ses capacités physiques et prendre la sortie la mieux adaptée. Si c'est possible, je conseil de prendre la sortie la plus longue que vous êtes en mesure de faire. Même la sortie de 6h30 passe vite finalement. On est déconnecté du temps et du quotidien. Le bouche à oreille est déjà une bonne chose ( en bien ou pas bien). Mais ne restez pas sur une sortie "moyenne", ou "assez bien". Regardez bien le nombre de personnes limite dans le groupe, je vous souhaite que le guide respecte la jauge... Le prix varie très peu ou parfois pas du tout. L'heure ne vous arrange pas? Trop tôt ou trop tard? Ce sont parfois les meilleurs sorties. Si vous faites une sortie, prévoyez du temps avant et après (pour vraiment avoir l'esprit libre durant la traversée. Aussi; éteignez vos applications de randonnées, le téléphone, votre agenda, laissez vous emmener, ressentez... .
Pour en savoir plus : https://www.guillaumeguidedelabaiedumontsaintmichel.fr