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Interview de Michaël Herbulot de INTERLUDE : Valoriser le patrimoine grâce à la médiation culturelle

Michaël, pour commencer, pouvez-vous nous présenter INTERLUDE · médiation du patrimoine et expliquer en quoi votre activité de guide-conférencier et médiateur s’inscrit dans cette idée de « valoriser le patrimoine » en Normandie, et plus particulièrement dans l’Orne ?« Interlude ...

3 septembre 2026 8 min de lecture
Interview de Michaël Herbulot de INTERLUDE : Valoriser le patrimoine grâce à la médiation culturelle

Michaël, pour commencer, pouvez-vous nous présenter INTERLUDE · médiation du patrimoine et expliquer en quoi votre activité de guide-conférencier et médiateur s’inscrit dans cette idée de « valoriser le patrimoine » en Normandie, et plus particulièrement dans l’Orne ?

« Interlude » est une entreprise de médiation du patrimoine : je suis Guide-Conférencier. J’anime des visites guidées, des randonnées, des conférences, des démonstrations, des ateliers pédagogiques et des jeux d'exploration et d'énigmes pour découvrir le patrimoine normand, notamment celui lié à la préhistoire et à la protohistoire (Musée de la préhistoire de Rânes, Camp celtique de Bierre...) ou à l'histoire des forges et des mines de l'Orne (carreau de la mine de Saint-Clair-de-Halouze, fours de calcination du minerai de fer à Dompierre...).

Au delà de cette activité de médiation, j’accompagne les associations, les propriétaires, les collectivités, les offices de tourisme, les musées ou les sites, dans leurs projets de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine, en réalisant des travaux de recherches, en apportant des conseils sur leur stratégie d'action, en réalisant le montage administratif, technique et financier de leurs projets, en créant des outils de médiation (parcours de visite, panneaux d'exposition, mallettes pédagogiques...) ou des jeux types enquêtes ou escape games.

Vous travaillez aussi bien sur des sites miniers comme le Carreau de la mine de Halouze que sur des sites archéologiques comme le Camp celtique de Bierre : quels sont, concrètement, les défis pour rendre intelligible et vivant un patrimoine parfois très technique ou très ancien auprès d’un public familial ?

Je suis passionné d'histoire, bien évidemment, mais aussi de sciences et de techniques. J'essaie donc d'avoir une approche du patrimoine assez pluridisciplinaire, pour faire découvrir le patrimoine sous différents angles. Dans ma visite du Camp celtique de Bierre, par exemple, je décrypte les découvertes faites par les archéologues qui permettent d'entrevoir la vie sur ce site fortifié à l'Âge du Fer, mais j'explique également le mode de construction particulier des remparts et la réaction chimique qui avait lieu dans les bas-fourneaux pour transformer une roche, le minerai, en métal, le fer.

Je fais beaucoup appel à la démonstration (fabriquer des outils en silex ou allumer un feu comme à la préhistoire...), j'utilise souvent des échantillons à manipuler (pour reconnaître les différentes roches...) ou des maquettes (pour décrire l'organisation de la mine sous la terre en puits, galeries, tailles...), et je passe aussi par des mini-jeux qui ponctuent mes visites (souvent des jeux de société populaires, revisités à la sauce patrimoine : time's up, pictionary...).

Vos visites, randonnées, ateliers et jeux (chasses au trésor, escape games patrimoniaux) reposent beaucoup sur l’interactivité : pouvez-vous décrire un ou deux dispositifs précis que vous avez mis en place et montrer en quoi ces « petites expériences » transforment le regard des visiteurs sur le patrimoine local ?

À l'occasion du 80e anniversaire du Débarquement, j'ai co-construis, avec les Offices de Tourisme Montagnes de Normandie et Destination Domfront-Bagnoles, un jeu type cluedo géant autour de l'histoire des fours de calcination de Dompierre pendant la guerre. Chacun incarnait un personnage et les joueurs devaient parcourir le site pour aller les interroger et fouiller discrètement dans leurs affaires pour mener leur enquête et découvrir pourquoi le site avait été bombardé en 1944.

J'ai créé, cet été, des visites-ateliers autour du lavoir d'Aunou-sur-Orne, pour l'Office de Tourisme des Sources de l'Orne qui souhaitait mettre en lumière ce "petit" patrimoine. Ainsi, au delà de la visite du lavoir, je proposais des petits ateliers pratiques en lien avec le textile. Les participants pouvaient ainsi expérimenter le filage et le tissage, la teinture, la fabrication de lessive.

J'ai animé également des après-midis préhistoire, pour l'Office de Tourisme Terres d'Argentan au Musée de la préhistoire de Rânes. En plus de la visite du musée et des démonstrations de fabrication d'outils en silex et d'allumage de feu, le public pouvait participer à un atelier de fouilles archéologiques et expérimenter le tir de sagaies au propulseur.

Ces approches plus sensorielles et plus ludiques permettent de s'approprier plus facilement le patrimoine, mais aussi, tout simplement, de partager de bons moment en famille ou entre amis.

En tant qu’auteur pour Patrimoine Normand et acteur référencé par Normandie Tourisme et Orne Tourisme, comment articulez-vous médiation culturelle, valorisation touristique et rigueur scientifique, notamment lorsqu’il faut simplifier sans trahir la complexité des sujets abordés (mines, archéologie, histoire industrielle) ?

La création de visite, d'atelier ou de jeu, comme la rédaction d'articles, passe nécessairement par un énorme travail de documentation en amont fait de lectures, de visites de musées et de sites, d'échanges avec des personnes ressources, et parfois même recherches en archives.

Vient ensuite le travail de conception pour donner corps à cette matière, sous forme de visite, de conte, d'atelier, de jeu... Il faut faire preuve d'imagination pour inventer des façons différentes de transmettre les choses, car certaines personnes vont aimer se laisser porter et écouter des histoires, tandis que d'autres vont vouloir comprendre comment ça marche et vont poser plein de questions. Il faut être en mesure de parler à tout le monde, ou plutôt exactement de parler à chacun en particulier.

Il faut aussi savoir s'adapter aux attentes des différents publics : certains vont souhaiter tout voir, quitte à passer rapidement à certains endroits, d'autres en revanche vont préférer en voir moins, mais prendre le temps d'entrer dans les détails sur les lieux sélectionnés. Et il faut aussi veiller à la sécurité et au confort des visiteurs, au respect de leurs contraintes horaires, etc.

Donc on navigue toujours, en effet, entre ces trois aspects du métier de Guide-Conférencier : la rigueur scientifique et culturelle des contenus, la créativité dans les modes de transmission et l’adaptation pour offrir la meilleure expérience touristique possible.

Votre terrain de jeu est un territoire rural, parfois perçu comme « discret » d’un point de vue patrimonial : à partir de votre expérience de terrain, quels freins rencontrez-vous pour faire reconnaître la richesse du patrimoine de l’Orne, et quelles stratégies de médiation vous semblent les plus efficaces pour les dépasser ?

J'ai la chance de faire découvrir des sites qui sont exceptionnels d'un point de vue patrimonial : le Camp celtique de Bierre est un des plus grands et des mieux conservés de l'Ouest de la France, le chevalement de la mine de Halouze est le seul subsistant en Normandie et on en compte à peine une centaine en France. Nous avons donc, dans l'Orne, des patrimoines vraiment originaux et extrêmement intéressants.

Mais, bien souvent, ces patrimoines nécessiteraient d'importantes travaux de restauration et auraient besoin d'être aménagés de façon durable pour devenir de véritables lieux touristiques, plus lisibles, plus esthétiques et plus accueillants.

Si l’on se projette dans dix ans, comment imaginez-vous l’évolution de la médiation du patrimoine en Normandie : quel rôle pourraient prendre, selon vous, les outils numériques, les jeux d’enquête, ou encore les approches de médiation scientifique dans la manière de raconter les mines, les vallons de La Ferrière ou le Camp de Bierre ?

Les supports numériques peuvent être de bons outils pour décrypter le patrimoine (reconstitutions...) ou pour explorer des sites (applis de jeu...). Mais je pense que rien n'égale l'expérience des sens et les relations humaines dans la découverte du patrimoine. La visite d'une galerie de mine avec un outil numérique, aussi sophistiqué soit-il, ne remplacera jamais les sensations ressenties lors d'une descente sous la terre.

Nous sommes sur-exposés au numérique dans notre quotidien. L'espace-temps d'une visite, d'un atelier ou d'un jeu pour découvrir un patrimoine est justement l'occasion de se déconnecter des écrans, pour se re-connecter aux lieux, aux objets, à la nature, aux autres et à soi. Les médiations faisant la part belle aux expériences sensibles et aux interactions entre les participants incarnent donc assurément l'avenir.

Pour conclure, quel conseil donneriez-vous aux collectivités, associations ou habitants qui souhaitent, à leur échelle, mieux faire connaître et aimer leur patrimoine local : par où commencer, et quelle erreur leur recommanderiez-vous absolument d’éviter ?

Je leur conseillerais sans doute de bâtir leur projet en partant des publics et non de leur patrimoine, et d'imaginer d'abord leur fonctionnement durable avant de penser aux investissements à réaliser.

Pour en savoir plus : https://www.interlude-mediationdupatrimoine.fr